Printemps timide

Érotisme.

Expériences érotiques.
7 min ⋅ 19/03/2024

Elle savait qu’elle s’était mise en difficulté toute seule. Elle a ça au fond d’elle, l’autodestruction, ce plaisir de brûler sur le bûcher de ses propres désirs. Accepter l’éventualité de tout perdre, accepter l’idée de souffrir pour ce besoin viscéral de se sentir vivre.

Son instinct le lui avait soufflé au moment où son regard s’était posé sur lui. Quelque chose qu’il dégageait. Douceur, simplicité, bonté. Il avait ouvert la bouche et un second verrou avait sauté. Intelligent, taquin, retors.

Surtout, garder ses distances.

Pendant longtemps elle a pensé que c’était gagné, le terrain de jeu était grand, les opportunités de se croiser, rares. Son intérêt ne s’était pas émoussé mais il s’était assoupi, contenu, une ombre à la lisière de sa conscience.

En vérité, c’était sa méfiance qui s’était endormie. Elle s’était autorisée à prendre plaisir à le croiser, à s’attarder lors de ses passages. Jamais à l’initiative, toujours opportuniste. Penser à lui avait fini par ne plus allumer aucune alerte, juste un sentiment de chaleur.

Elle le pensait à l’abri d’elle. De ses appétits, de son mépris total de la moralité.

Mais c’était sans tenir compte de ce qu’il dissimulait sous la surface. Il n’était pas moins prédateur qu’elle. Seulement plus discret. Il l’avait vu, lui aussi. Cette tempête à peine contenue, son énergie, sa fougue et cette aptitude à la provocation poussée à l’art de vivre. Elle lui avait plu. Pas de façon claire dans l’immédiat mais il avait tout de suite apprécié cette rugosité feinte qui l’appelait à s’y frotter. La lueur dans son regard qui semblait le défier d’être enfin domptée.

Il la regardait toujours s’éloigner avec regret. Ce n’était pas dans sa nature de retenir, d’attirer l’attention. Alors il l’avait laissée être cette manifestation éphémère au détour des couloirs, des réunions et des bureaux, sans se douter une seconde que la fugacité de ces passages était due à du contrôle et non pas de l’indifférence.

Il se surprenait parfois à éprouver un pincement étrange dans la poitrine en la faisant sourire ou en observant sa chevelure incandescente et indisciplinée disparaître derrière une porte. Mais elle n’était pas pour lui. C’était une certitude tellement évidente à ses yeux que jamais la question ne lui avait effleuré l’esprit.

Jusqu’à ce colloque.

...

Expériences érotiques.

Par Emilie Dujardin