Érotisme.
Télétravailler avec elle à la maison est un enfer. Ou disons que c’est l’enfer pour ma “to-do” de travail, le paradis sur tous les autres plans. L’un dans l’autre, j’y retourne tous les lundis. Et c’est devenu un jeu pour elle : trouver une nouvelle façon de perturber ma concentration, de me détourner de mes tâches et de faire en sorte que mon désir pour elle devienne trop impérieux pour être remis à plus tard.
Et on peut dire qu’elle est ingénieuse.
Elle s’amuse à porter ses tenues les plus sexy, les renouvelant sans cesse d’un accessoire, d’une pose, d’un rôle qu’elle se donne. Les renouvelant tout court parfois. Un lundi matin comme un autre elle est partie s’acheter un body totalement superflu tant il ne dissimulait rien et était revenue comme si de rien n’était, passant la porte en claironnant “ça te plaît” ? Son trench coat grand ouvert sur une dentelle qui m’avait fait lâcher immédiatement mes tableurs excel.
Après avoir retrouvé mes esprits - et accessoirement dévoré son corps - je lui avais demandé à quel moment elle avait bien pu l’enfiler entre le magasin et la maison. Elle avait tout bonnement mis la vendeuse dans la confidence. Rien ne la gêne, rien ne l’arrête quand il s’agit de notre plaisir.
Parfois elle n’a même pas besoin de se dénuder. Elle connaît mes goûts. Elle sait quelles sont les robes qui me rendent fou, une couleur qui lui va un peu trop bien, une coupe qui met un peu trop en valeur sa poitrine ou ses fesses rebondies.
Une fois je n’avais même pas eu le temps d’ouvrir ma session pro. Je l’avais retrouvée, après ma douche et alors que je l’avais copieusement baisée au réveil espérant qu’elle s’en contente au moins pour la matinée, assise sur la table, juste à côté de mon clavier, jambes croisées dans un tailleur jupe et des talons aiguilles vertigineux qu’elle ne porte que pour moi, en guise d’amuse-bouche pour nos ébats.
Je me souviens d’avoir été pris d’un fou rire. Un mélange de désespoir et de réalisation de la chance que j’ai de l’avoir trouvée, d’avoir cette relation complètement dingue. Libre, profonde, de confiance. Elle n’a jamais rien exigé d’autre que ma transparence et ma franchise, à la fois amante et amie, je n’ai plus aucun tabou pour elle. Je comprends ses sourires, je connais ses failles, ses forces et les blessures trop profondes pour être guéries par moi. Elle n’attend pas de moi que je la protège, elle veut que je sois un partenaire. Des égaux. Et je l’aime pour ça. Il est tellement doux de se savoir désiré sans conditions, de savoir qu’elle ne vient que pour moi et pas pour ce que je pourrais lui offrir.
Je connais l’éclat de ses yeux quand une idée lui traverse l’esprit, une nouvelle façon de m’allumer. Il lui en passe des dizaines à la journée.
Parfois je tente de lui résister, au moins un peu. Rien n’est plus drôle que de la voir retenir ses froncements de sourcil et ses agacements. Elle sait que je joue avec elle moi aussi et elle déteste perdre. Quitte à me rendre fou et puis me laisser en plan pour bien me faire comprendre qu’elle gagne toujours.
Ce matin, elle descend alors que j’ai déjà entamé ma journée depuis une bonne heure. Dans une tunique en soie que je lui ai offerte à Noël, mal attachée, elle laisse apercevoir l’ensemble que j’aime le plus, celui qui me donne envie de le lui arracher chaque fois qu’elle le porte. Je lui jette un regard soupçonneux tandis qu’elle part s’asseoir nonchalamment dans le canapé avec sa tasse de thé fumant.
“Tu ne m’as pas embrassée ce matin en te levant.”
“Bien sûr que si, sur le front, tu dormais trop profondément pour que je me permette quoi que ce soit d’autre.”
Elle fait la moue, visiblement peu convaincue. Pourtant c’est la stricte vérité. J’ai encore son image imprégnée dans la rétine. Elle me tournait le dos, sur son flanc droit, entièrement nue et drapée par la lumière du soleil qui traversait la fenêtre dont elle ne ferme jamais la persienne. Je me souviens de l’éclat de ses cheveux vénitien. J’avais eu très envie de la culbuter, de mordre dans sa chair, glisser mon nez dans la raie de ses fesses jusqu’à sa chatte pour la sentir au petit matin. Mais je m’étais retenu parce qu’elle avait eu du mal à trouver le sommeil la veille. Et, accessoirement, parce que plus elle dormait, plus je pouvais avancer sur mes tâches de la journée. Je savais que son corps serait mien très vite.
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