Fièvre estivale

Érotisme.

Expériences érotiques.
7 min ⋅ 31/05/2024

Elle m’a donné rendez-vous dans un parc. Je peux comprendre, il fait tellement beau aujourd’hui et le petit vent frais qui se lève parfois rend idéal le bain de soleil.

Tout de même. J’aurais préféré la rejoindre chez elle directement. Des semaines que nous ne nous sommes pas vus et le simple fait de penser à elle me rend immédiatement dur. Un simple texto aussi banal que “Bonjour, tu vas bien ?” me donne une trique d’enfer. Je n’ai pas envie de badiner pendant une heure avant de lui faire l’amour. Pas même une demi-heure. Pas même cinq minutes. Je voulais frapper à sa porte, la pousser contre le mur de son couloir et lui faire l’amour avant toute formule de politesse.

Bien sûr, je n’ai rien dit. Non pas qu’elle l’aurait mal pris, je pense même que ça l’aurait fait rire, elle aurait accepté sans négocier ma proposition de programmer la balade à après. Tout en sachant qu’une fois au lit avec moi, c’est elle qui n’aurait jamais eu envie d’en ressortir. Je suis impatient, elle est insatiable. Cocktail explosif. La bagatelle est toujours une histoire d’heures entre nous.

Mais je n’ai rien dit, elle a toujours tellement tendance à tout me céder et tout consentir. Si elle veut d’abord me câliner dans un parc qu’à cela ne tienne, elle assumera avec moi mon érection déjà proéminente à mesure que je me rapproche d’elle.

Le parc grouille de vie. Partout des rires, l’excitation des beaux jours enfin arrivés après des mois de rideaux grisâtres à perte de vue. Un ballon me tombe entre les pieds, je dribble joyeusement avec mes chaussures de ville et je le renvoie à une bande d’ados qui me sifflent et m’applaudissent. Qui l’eut cru que derrière le costume-cravate se cachait un footballeur aguerri, hein les gosses ?

Ils m’interpellent pour faire quelques passes, je décline avec le sourire : un jour ils comprendront que certaines activités prennent le pas sur d’autres.

Ils repartent et m’oublient aussitôt. Je la cherche du regard et la repère dans un coin d’herbe, un peu à l'écart, seule. Ses cheveux étalés autour de sa tête flamboient, éclats d’or et de bronze, comme un début d’incendie. Elle doit être là depuis un moment déjà parce que sa peau a commencé à rougir. Elle semble assoupie, robe retroussée sur ses cuisses légèrement écartées. Elle s’expose sans rien révéler. C’est une invitation discrète à mon égard, une mise en scène, je la connais trop bien pour me laisser abuser.

Ce petit manège a néanmoins l’effet escompté, sous le tissu de mon pantalon, une barre de fer. Je m’approche en silence, prédateur ayant repéré sa proie. J’imagine la chamade de son cœur, l’impatience qu’elle ressent, la résistance qu’elle doit mettre à son envie d’ouvrir les yeux pour voir pourquoi je mets autant de temps à la rejoindre.

Et puis, très vite, c’est autre chose que j’imagine. Je l’imagine se cambrer sous mes caresses, entièrement nue, j’entends ses futurs gémissements dans le creux de mon cou. Mes mains frémissent d’impatience et je serre les poings, je suis dévoré par l’envie de retrouver la chaleur de sa peau, la douceur de sa vulve, la moiteur de son vagin. Je m’auto-discipline pour ne pas me précipiter.

Mes yeux s’attardent sur le rebord du tissu qui me barre encore la vue de la terre promise. Je suis suffisamment proche d’elle pour voir tous les détails de sa peau gorgée de soleil, la constellation de tâches de rousseur est réapparue après ce long hiver, dorant son épiderme.

Je m’approche un peu plus, félin, je m’accroupis sans un bruit, prenant garde à ce que mon ombre ne la couvre pas, je teste sa patience. Elle respire paisiblement. Si je ne la connaissais pas si bien je pourrais y croire. J’ai envie d’elle. De sa bouche, de son corps, de sa chatte.

Je me penche, non sans une certaine sournoiserie, et je lui susurre à l’oreille : « Ça te dirait qu'on compte ces petites tâches de rousseur une à une ? J'ai envie de les embrasser, de les nommer toutes, toute l'après-midi, toute la nuit, tout le week-end, toute la vie. »

En même temps que je lui parle, je dépose mon index sur sa cheville et je le fais remonter jusqu’à son genou puis sur sa cuisse, jusqu’à son aine, sous sa robe.

Elle a bien un sursaut mais il est très léger parce que, comme je l’avais anticipé, elle avait deviné ma présence. J’aime penser que je ne la quitte jamais vraiment que, comme moi pour elle, elle m’attend et m’entend jusque dans ses rêves.

Elle sourit sans ouvrir les yeux.

« Ta proposition est tentante, attention que je ne la prenne pas trop au sérieux. Tu aurais d'autres intentions encore moins recommandables à me soumettre, très cher ? »

Je souris en retour, espiègle. Le fait que je ne verbalise pas la pousse à ouvrir les yeux, juste à temps pour me regarder basculer sur son corps. Je m’alourdis contre elle, je la cloue sur place, dans l’herbe, mon visage enfoncé dans le creux de sa nuque. Je la respire, je reconnais son odeur, sa saveur. Elle a le goût du péché, de la gourmandise et de la liberté.

Je bande comme un fou. Ma main, toujours sur sa cuisse, pétrie sa chair, je dois réfréner une pulsion violente qui m’ordonne de la prendre. Pas ici. Pas tout de suite. Pas aussi vite. Il faut d’abord que je fasse disparaître ce sourire suffisant de son visage. Transformer la provocation en stupeur puis en supplique. Lui rappeler qui est le chef d’orchestre ici.

Ma main s’aventure un peu plus loin malgré moi. Un peu trop loin. Je découvre le premier cadeau qu’elle me fait aujourd’hui et elle ronronne presque de satisfaction face à l’expression surprise que je n’ai pas su cacher : elle ne porte pas de culotte !

...

Expériences érotiques.

Par Emilie Dujardin